1998 Catéchisme 1975

En bref

1975 Selon l'Ecriture, la loi est une instruction paternelle de Dieu prescrivant à l'homme les voies qui mènent à la béatitude promise et proscrivant les chemins du mal.

1976 "La loi est ordination de la raison au bien commun, promulguée par celui qui a la charge de la communauté" (S. Thomas d'A., I-II 90,4).

1977 Le Christ est la fin de la loi (cf. Rm 10,4), Lui seul enseigne et accorde la justice de Dieu.

1978 La loi naturelle est une participation à la sagesse et à la bonté de Dieu par l'homme, formé à l'image de son Créateur. Elle exprime la dignité de la personne humaine et forme la base de ses droits et de ses devoirs fondamentaux.

1979 La loi naturelle est immuable, permanente à travers l'histoire. Les règles qui l'expriment demeurent substantiellement valables. Elle est une base nécéssaire à l'édification des règles morales et à la loi civile.

1980 La Loi ancienne est le premier état de la Loi révélée. Ses prescriptions morales sont résumées dans les Dix commandements.

1981 La Loi de Moïse contient plusieurs vérités naturellement accessibles à la raison. Dieu les a révélées parce que les hommes ne les lisaient pas dans leur coeur.

1982
La Loi ancienne est une préparation à l'Evangile.

1983 La Loi nouvelle est la grâce du Saint-Esprit reçue par la foi au Christ, opérant par la charité. Elle s'exprime notamment dans le Sermon du Seigneur sur la montagne et use des sacrements pour nous communiquer la grâce.

1984 La Loi évangélique accomplit, dépasse et mène à sa perfection la Loi ancienne: ses promesses par les béatitudes du Royaume des cieux, ses commandements en réformant la racine des actes, le coeur.

1985 La Loi nouvelle est une loi d'amour, une loi de grâce, une loi de liberté.

1986 Outre ses préceptes, la Loi nouvelle comporte les conseils évangéliques. "La sainteté de l'Eglise est entretenue spécialement par les conseils multiples que le Seigneur a proposés à l'observation de ses disciples dans l'Evangile" (LG 42).



Article 2 Grâce et justification

I La justification

1987 La grâce du Saint-Esprit a le pouvoir de nous justifier, c'est-à-dire de nous laver de nos péchés et de nous communiquer "la justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ" (Rm 3,22) et par le Baptême (cf. Rm 6,3-4):

Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que le Christ une fois ressuscité des morts ne meurt plus, que la mort n'exerce plus de pouvoir sur lui. Sa mort fut une mort au péché, une fois pour toutes; mais sa vie est une vie à Dieu. Et vous de même, regardez-vous comme morts au péché et vivants pour Dieu dans le Christ Jésus (Rm 6,8-11).

1988 Par la puissance de l'Esprit-Saint, nous prenons part à la Passion du Christ en mourant au péché, et à sa Résurrection en naissant à une vie nouvelle; nous sommes les membres de son Corps qui est l'Eglise (cf. 1Co 12), les sarments greffés sur la Vigne qu'il est lui-même (cf. Jn 15,1-4):

C'est par l'Esprit que nous avons part à Dieu. Par la participation de l'Esprit, nous devenons participants de la nature divine .... C'est pourquoi ceux en qui habite l'Esprit sont divinisés (S. Athanase, ep. Serap. 1,24).

1989 La première oeuvre de la grâce de l'Esprit Saint est la conversion qui opère la justification selon l'annonce de Jésus au commencement de l'Evangile: "Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche" (Mt 4,17). Sous la motion de la grâce, l'homme se tourne vers Dieu et se détourne du péché, accueillant ainsi le pardon et la justice d'en-Haut. "La justification comporte donc la rémission des péchés, la sanctification et la rénovation de l'homme intérieur" (Cc. Trente: DS 1528).

1990 La justification détache l'homme du péché qui contredit l'amour de Dieu, et en purifie son coeur. La justification fait suite à l'initiative de la miséricorde de Dieu qui offre le pardon. Elle réconcilie l'homme avec Dieu. Elle libère de la servitude du péché et guérit.

1991 La justification est en même temps l'accueil de la justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ. La justice désigne ici la rectitude de l'amour divin. Avec la justification, la foi, l'espérance et la charité sont répandues en nos coeurs, et l'obéissance à la volonté divine nous est accordée.

1992 La justification nous a été méritée par la Passion du Christ qui s'est offert sur la Croix en hostie vivante, sainte et agréable à Dieu et dont le sang est devenu instrument de propitiation pour les péchés de tous les hommes. La justification est accordée par le Baptême, sacrement de la foi. Elle nous conforme à la justice de Dieu qui nous rend intérieurement justes par la puissance de sa miséricorde. Elle a pour but la gloire de Dieu et du Christ, et le don de la vie éternelle (cf. Cc. Trente: DS 1529):

Maintenant, sans la loi, la justice de Dieu s'est manifestée, attestée par la loi et les prophètes, justice de Dieu par la foi en Jésus Christ, à l'adresse de tous ceux qui croient, - car il n'y a pas de différence: tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu - et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus: Dieu l'a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi; il voulait montrer sa justice, du fait qu'il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis au temps de la patience de Dieu; il voulait montrer sa justice au temps présent, afin d'être juste et de justifier celui qui se réclame de la foi en Jésus (Rm 3,21-26).

1993 La justification établit la collaboration entre la grâce de Dieu et la liberté de l'homme. Elle s'exprime du côté de l'homme dans l'assentiment de la foi à la Parole de Dieu qui l'invite à la conversion, et dans la coopération de la charité à l'impulsion de l'Esprit Saint qui le prévient et le garde:

Quand Dieu touche le coeur de l'homme par l'illumination de l'Esprit Saint, l'homme n'est pas sans rien faire en recevant cette inspiration, qu'il peut d'ailleurs rejeter; et cependant il ne peut pas non plus, sans la grâce de Dieu, se porter par sa volonté libre vers la justice devant Lui (Cc. Trente:
DS 1525).

1994 La justification est l'oeuvre la plus excellente de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus et accordé par l'Esprit Saint. S. Augustin estime que "la justification de l'impie est une oeuvre plus grande que la création du ciel et de la terre", parce que "le ciel et la terre passeront tandis que le salut et la justification des élus demeureront" (ev. Jo. 72,3). Il estime même que la justification des pécheurs l'emporte sur la création des anges dans la justice en ce qu'elle témoigne d'une plus grande miséricorde.

1995 L'Esprit Saint est le maître intérieur. En faisant naître l'"homme intérieur" (Rm 7,22 Ep 3,16), la justification implique la sanctification de tout l'être:

Si vous avez jadis offert vos membres comme esclaves à l'impureté et au desordre de manière à vous désordonner, offrez-les de même aujourd'hui à la justice pour vous sanctifier ... Aujourd'hui, libérés du péché et asservis à Dieu, vous fructifiez pour la sainteté, et l'aboutissement, c'est la vie éternelle (Rm 6,19 Rm 6,22).



II La grâce

1996 Notre justification vient de la grâce de Dieu. La grâce est la faveur, le secours gratuit que Dieu nous donne pour répondre à son appel: devenir enfants de Dieu (cf. Jn 1,12-18), fils adoptifs (cf. Rm 8,14-17), participants de la divine nature (cf. 2P 1,3-4), de la vie éternelle (cf. Jn 17,3).

1997 La grâce est une participation à la vie de Dieu, elle nous introduit dans l'intimité de la vie trinitaire: Par le Baptême le chrétien participe à la grâce du Christ, Tête de son Corps. Comme un "fils adoptif", il peut désormais appeler Dieu "Père", en union avec le Fils unique. Il reçoit la vie de l'Esprit qui lui insuffle la charité et qui forme l'Eglise.

1998 Cette vocation à la vie éternelle est surnaturelle. Elle dépend entièrement de l'initiative gratuite de Dieu, car Lui seul peut se révéler et se donner Lui-même. Elle surpasse les capacités de l'intelligence et les forces de la volonté humaine, comme de toute créature (cf. 1Co 2,7-9).

1999 La grâce du Christ est le don gratuit que Dieu nous fait de sa vie infusée par l'Esprit Saint dans notre âme pour la guérir du péché et la sanctifier: C'est la grâce sanctifiante ou déifiante, reçue dans le Baptême. Elle est en nous la source de l'oeuvre de sanctification (cf. Jn 4,14 Jn 7,38-39):

Si donc quelqu'un est dans le Christ, c'est une création nouvelle; l'être ancien a disparu, un être nouveau est là. Et le tout vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par le Christ (2Co 5,18).

2000 La grâce sanctifiante est un don habituel, une disposition stable et surnaturelle perfectionnant l'âme même pour la rendre capable de vivre avec Dieu, d'agir par son amour. On distinguera la grâce habituelle, disposition permanente à vivre et à agir selon l'appel divin, et les grâces actuelles qui désignent les interventions divines soit à l'origine de la conversion soit au cours de l'oeuvre de la sanctification.

2001 La préparation de l'homme à l'accueil de la grâce est déjà une oeuvre de la grâce. Celle-ci est nécessaire pour susciter et soutenir notre collaboration à la justification par la foi et à la sanctification par la charité. Dieu achève en nous ce qu'il a commencé, "car il commence en faisant en sorte, par son opération, que nous voulions: il achève, en coopérant avec nos vouloirs déjà convertis" (S. Augustin, grat. 17):

Certes nous travaillons nous aussi, mais nous ne faisons que travailler avec Dieu qui travaille. Car sa miséricorde nous a devancés pour que nous soyons guéris, car elle nous suit encore pour qu'une fois guéris, nous soyons vivifiés; elle nous devance pour que nous soyons appelés, elle nous suit pour que nous soyons glorifiés; elle nous devance pour que nous vivions selon la piété, elle nous suit pour que nous vivions à jamais avec Dieu, car sans lui nous ne pouvons rien faire (S. Augustin, nat. et grat. 31).

2002 La libre initiative de Dieu réclame la libre réponse de l'homme, car Dieu a créé l'homme à son image en lui conférant, avec la liberté, le pouvoir de le connaître et de l'aimer. L'âme n'entre que librement dans la communion de l'amour. Dieu touche immédiatement et meut directement le coeur de l'homme. Il a placé en l'homme une aspiration à la vérité et au bien que Lui seul peut combler. Les promesses de la "vie éternelle" répondent, au-delà de toute espérance, à cette aspiration:

Si Toi, au terme de tes oeuvres très bonnes ..., tu t'es reposé le septième jour, c'est pour nous dire d'avance par la voix de ton livre qu'au terme de nos oeuvres "qui sont très bonnes" du fait même que c'est toi qui nous les a données, nous aussi au sabbat de la vie éternelle nous nous reposerions en toi (S. Augustin, conf. 13,36.38).

2003 La grâce est d'abord et principalement le don de l'Esprit qui nous justifie et nous sanctifie. Mais la grâce comprend aussi les dons que l'Esprit nous accorde pour nous associer à son oeuvre, pour nous rendre capables de collaborer au salut des autres et à la croissance du Corps du Christ, l'Eglise. Ce sont les grâces sacramentelles, dons propres aux différents sacrements. Ce sont en outre les grâces spéciales appellés aussi "charismes" suivant le terme grec employé par S. Paul, et qui signifie faveur, don gratuit, bienfait (cf. LG 12). Quel que soit leur caractère, parfois extraordinaire, comme le don des miracles ou des langues, les charismes sont ordonnés à la grâce sanctifiante, et ont pour but le bien commun de l'Eglise. Ils sont au service de la charité qui édifie l'Eglise (cf. 1Co 12).

2004 Parmi les grâces spéciales, il convient de mentionner les grâces d'état qui accompagnent l'exercice des responsabilités de la vie chrétienne et des ministères au sein de l'Eglise:

Pourvus de dons différents selon la grâce qui nous a été donnée, si c'est le don de prophétie, exerçons-le en proportion de notre foi; si c'est le service, en servant; l'enseignement, en enseignant; l'exhortation, en exhortant. Que celui qui donne le fasse sans calcul; celui qui préside, avec diligence; celui qui exerce la miséricorde, en rayonnant de joie (
Rm 12,6-8).

2005 Etant d'ordre surnaturel, la grâce échappe à notre expérience et ne peut être connue que par la foi. Nous ne pouvons donc nous fonder sur nos sentiments ou nos oeuvres pour en déduire que nous sommes justifiés et sauvés (cf. Cc. Trente: DS 1533-1534). Cependant, selon la parole du Seigneur: "C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez" (Mt 7,20), la considération des bienfaits de Dieu dans notre vie et dans la vie des saints, nous offre une garantie que la grâce est à l'oeuvre en nous et nous incite à une foi toujours plus grande et à une attitude de pauvreté confiante:

On trouve une des plus belles illustrations de cette attitude dans la réponse de Sainte Jeanne d'Arc à une question-piège de ses juges ecclésiastiques: "Interrogée, si elle sait qu'elle soit en la grâce de Dieu; répond: 'Si je n'y suis, Dieu m'y veuille mettre; si j'y suis, Dieu m'y veuille garder'" (Jeanne d'Arc, proc.).



III Le mérite

Tu es glorifié dans l'assemblée des Saints: lorsque tu couronnes leurs mérites, tu couronnes tes propres dons (MR, éface des saints citant le "Docteur de la grâce" S. Augustin, Ps 102,7).

2006 Le terme "mérite" désigne, en général, la rétribution due par une communauté ou une société pour l'action d'un de ses membres éprouvée comme un bienfait ou un méfait, digne de récompense ou de sanction. Le mérite ressort à la vertu de justice conformément au principe de l'égalité qui la régit.

2007 A l'égard de Dieu, il n'y a pas, au sens d'un droit strict, de mérite de la part de l'homme. Entre Lui et nous l'inégalité est sans mesure, car nous avons tout reçu de Lui, notre Créateur.

2008 Le mérite de l'homme auprès de Dieu dans la vie chrétienne provient de ce que Dieu a librement disposé d'associer l'homme à l'oeuvre de sa grâce. L'action paternelle de Dieu est première par son impulsion, et le libre agir de l'homme est second en sa collaboration, de sorte que les mérites des oeuvres bonnes doivent être attribués à la grâce de Dieu d'abord, au fidèle ensuite. Le mérite de l'homme revient, d'ailleurs, lui-même à Dieu, car ses bonnes actions procèdent dans le Christ, des prévenances et des secours de l'Esprit Saint.

2009 L'adoption filiale, en nous rendant participants par grâce à la nature divine, peut nous conférer, suivant la justice gratuite de Dieu, un véritable mérite. C'est là un droit par grâce, le plein droit de l'amour, qui nous fait "cohéritiers" du Christ et dignes d'obtenir l'"héritage promis de la vie éternelle" (Cc. Trente: DS 1546). Les mérites de nos bonnes oeuvres sont des dons de la bonté divine (cf. Cc. Trente: DS 1548). "La grâce a précédé; maintenant on rend ce qui est dû ... Les mérites sont des dons de Dieu" (S. Augustin, serm. 298,4-5).

2010 L'initiative appartenant à Dieu dans l'ordre de la grâce, personne ne peut mériter la grâce première, à l'origine de la conversion, du pardon et de la justification. Sous la motion de l'Esprit Saint et de la charité, nous pouvons ensuite mériter pour nous-mêmes et pour autrui les grâces utiles pour notre sanctification, pour la croissance de la grâce et de la charité, comme pour l'obtention de la vie éternelle. Les biens temporels eux-mêmes, comme la santé, l'amitié, peuvent être mérités suivant la sagesse de Dieu. Ces grâces et ces biens sont l'objet de la prière chrétienne. Celle-ci pourvoit à notre besoin de la grâce pour les actions méritoires.

2011 La charité du Christ est en nous la source de tous nos mérites devant Dieu. La grâce, en nous unissant au Christ d'un amour actif, assure la qualité surnaturelle de nos actes et, par suite, leur mérite devant Dieu comme devant les hommes. Les saints ont toujours eu une conscience vive que leurs mérites étaient pure grâce.

Après l'exil de la terre, j'espère aller jouir de vous dans la Patrie, mais je ne veux pas amasser de mérites pour le Ciel, je veux travailler pour votre seul Amour ... Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes oeuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre Justice et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même ... (S. Thérèse de l'Enfant-Jésus, offr.).



IV La sainteté chrétienne

2012 "Avec ceux qui l'aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien ... Ceux que d'avance, il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l'image de son Fils pour qu'il soit l'aîné d'une multitude de frères. Ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés. Ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés. Ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés" (Rm 8,28-30).

2013 "L'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur rang et leur état" (LG 40). Tous sont appelés à la sainteté: "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5,48):

Les fidèles doivent appliquer les forces qu'ils ont reçues selon la mesure du don du Christ, à obtenir cette perfection, afin qu' ... accomplissant en tout la volonté du Père, ils soient avec toute leur âme voués à la gloire de Dieu et au service du prochain. Ainsi la sainteté du peuple de Dieu s'épanouit en fruits abondants, comme en témoigne avec éclat l'histoire de l'Eglise par la vie de tant de saints (LG 40).

2014 Le progrès spirituel tend à l'union toujours plus intime avec le Christ. Cette union s'appelle "mystique", parce qu'elle participe au mystère du Christ par les sacrements - "les saints mystères" - et, en Lui, au mystère de la Sainte Trinité. Dieu nous appelle tous à cette intime union avec lui, mème si des grâces spéciales ou des signes extraordinaires de cette vie mystique sont seulement accordés à certains en vue de manifester le don gratuit fait à tous.

2015 Le chemin de la perfection passe par la croix. Il n'y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel (cf. 2Tm 4). Le progrès spirituel implique l'ascèse et la mortification qui conduisent graduellement à vivre dans la paix et la joie des béatitudes:

Celui qui monte ne s'arrête jamais d'aller de commencement en commencement par des commencements qui n'ont pas de fin. Jamais celui qui monte n'arrête de désirer ce qu'il connaît déjà (S. Grégoire de Nysse, hom. in Ct 8).

2016 Les enfants de notre mère la Sainte Eglise espèrent justement la grâce de la persévérance finale et la récompense de Dieu leur Père pour les bonnes oeuvres accomplies avec sa grâce en communion avec Jésus (cf. Cc. Trente: DS 1576). Gardant la même règle de vie, les croyants partagent la "bienheureuse espérance" de ceux que la miséricorde divine rassemble dans la "Cité sainte, la Jérusalem nouvelle qui descend du Ciel d'auprès de Dieu, prête comme une épouse parée pour son Epoux" (Ap 21,2).



En bref

2017 La grâce du Saint-Esprit nous confère la justice de Dieu. En nous unissant par la foi et le Baptême à la Passion et à la Résurrection du Christ, l'Esprit nous fait participer à sa vie.

2018 La justification, comme la conversion, présente deux faces. Sous la motion de la grâce, l'homme se tourne vers Dieu et se détourne du péché, accueillant ainsi le pardon et la justice d'en Haut.

2019 La justification comporte la rémission des péchés, la sanctification et la rénovation de l'homme intérieur.

2020 La justification nous a été méritée par la Passion du Christ. Elle nous est accordée à travers le Baptême. Elle nous conforme à la justice de Dieu qui nous fait justes. Elle a pour but la gloire de Dieu et du Christ et le don de la vie éternelle. Elle est l'oeuvre la plus excellente de la miséricorde de Dieu.

2021 La grâce est le secours que Dieu nous donne pour répondre à notre vocation de devenir ses fils adoptifs. Elle nous introduit dans l'intimité de la vie trinitaire.

2022 L'initiative divine dans l'oeuvre de la grâce prévient, prépare et suscite la libre réponse de l'homme. La grâce répond aux aspirations profondes de la liberté humaine; elle l'appelle à coopérer avec elle et la perfectionne.

2023 La grâce sanctifiante est le don gratuit que Dieu nous fait de sa vie, infusée par l'Esprit Saint dans notre âme pour la guérir du péché et la sanctifier.

2024 La grâce sanctifiante nous rend "agréables à Dieu".Les charismes, grâces spéciales du Saint -Esprit, sont ordonnés à la grâce sanctifiante et ont pour but le bien commun de l'Eglise. Dieu agit aussi par des grâces actuelles multiples qu'on distingue de la grâce habituelle, permanente en nous.

2025 Il n'y a pour nous de mérite devant Dieu que suite au libre dessein de Dieu d'associer l'homme à l'oeuvre de sa grâce. Le mérite appartient à la grâce de Dieu en premier lieu, à la collaboration de l'homme en second lieu. Le mérite de l'homme revient à Dieu.

2026 La grâce du Saint-Esprit, en vertu de notre filiation adoptive, peut nous conférer un véritable mérite suivant la justice gratuite de Dieu. La charité est en nous la source principale du mérite devant Dieu.

2027 Personne ne peut mériter la grâce première qui est à l'origine de la conversion. Sous la motion du Saint-Esprit, nous pouvons mériter pour nous-mêmes et pour autrui toutes les grâces utiles pour parvenir à la vie éternelle, comme aussi les biens temporels nécessaires

2028 "L'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ" (LG 40). "La perfection chrétienne n'a qu'une limite, celle de n'en avoir aucune" (S. Grégoire de Nysse, v. Mos.).

2029 "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive" (Mt 16,24).



Article 3 L'Eglise, Mere et educatrice

2030 C'est en Eglise, en communion avec tous les baptisés, que le chrétien accomplit sa vocation. De l'Eglise, il accueille la Parole de Dieu qui contient les enseignements de la "loi du Christ" (Ga 6,2). De l'Eglise, il reçoit la grâce des sacrements qui le soutient sur la "voie". De l'Eglise, il apprend l'exemple de la sainteté; il en reconnaît la figure et la source dans la Toute Sainte Vierge Marie; il la discerne dans le témoignage authentique de ceux qui la vivent; il la découvre dans la tradition spirituelle et la longue histoire des saints qui l'ont précédé et que la liturgie célèbre au rythme du Sanctoral.

2031 La vie morale est un culte spirituel (cf. Rm 12,1). Nous "offrons nos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu", au sein du Corps du Christ que nous formons, et en communion avec l'offrande de son Eucharistie. Dans la liturgie et la célébration des sacrements, prière et enseignement se conjuguent avec la grâce du Christ pour éclairer et nourrir l'agir chrétien. Comme l'ensemble de la vie chrétienne, la vie morale trouve sa source et son sommet dans le sacrifice eucharistique.



I Vie morale et magistère de l'Eglise

2032 L'Eglise, "colonne et soutien de la vérité" (1Tm 3,15), "a reçu des Apôtres le solennel commandement du Christ de prêcher la vérité du salut" (LG 17). "Il appartient à l'Eglise d'annoncer en tout temps et en tout lieu les principes de la morale, même en ce qui concerne l'ordre social, ainsi que de porter un jugement sur toute réalité humaine, dans la mesure où l'exigent les droits fondamentaux de la personne et le salut des âmes" (CIC 747).

2033 Le magistère des pasteurs de l'Eglise en matière morale s'exerce ordinairement dans la catéchèse et dans la prédication, avec l'aide des oeuvres des théologiens et des auteurs spirituels. Ainsi s'est transmis de génération en génération, sous l'égide et la vigilance des pasteurs, le "dépôt" de la morale chrétienne, composé d'un ensemble caractéristique de règles, de commandements et de vertus procédant de la foi au Christ et vivifiés par la charité. Cette catéchèse a traditionnellement pris pour base, à côté du Credo et du Pater, le Décalogue qui énonce les principes de la vie morale valables pour tous les hommes.

2034 Le pontife romain et les évêques en "docteurs authentiques, pourvus de l'autorité du Christ, prêchent au peuple à eux confié la foi qui doit être crue et appliquée dans les moeurs" (LG 25). Le magistère ordinaire et universel du Pape et des évêques en communion avec lui enseigne aux fidèles la vérité à croire, la charité à pratiquer, la béatitude à espérer.

2035 Le degré suprême dans la participation à l'autorité du Christ est assuré par le charisme de l'infaillibilité. Celle-ci s'étend aussi loin que le dépot de la Révélation divine (cf. LG 25); elle s'étend encore à tous les éléments de doctrine, y compris morale, sans lesquels les vérités salutaires de la foi ne peuvent être gardées, exposées ou observées ( décl. "Mysterium Ecclesiæ" 3).

2036 L'autorité du Magistère s'étend aussi aux préceptes spécifiques de la loi naturelle, parce que leur observance, demandée par le Créateur, est nécessaire au salut. En rappelant les prescriptions de la loi naturelle, le Magistère de l'Eglise exerce une part essentielle de sa fonction prophétique d'annoncer aux hommes ce qu'ils sont en vérité et de leur rappeler ce qu'ils doivent être devant Dieu (cf. DH 14).

2037 La loi de Dieu, confiée à l'Eglise est enseignée aux fidèles comme chemin de vie et de vérité. Les fidèles ont donc le droit (cf.CIC 213) d'être instruits des préceptes divins salutaires qui purifient le jugement et, avec la grâce, guérissent la raison humaine blessée. Ils ont le devoir d'observer les constitutions et les décrets portés par l'autorité légitime de l'Eglise. Même si elles sont disciplinaires, ces déterminations requièrent la docilité dans la charité.

2038 Dans l'oeuvre d'enseignement et d'application de la morale chrétienne, l'Eglise a besoin du dévouement des pasteurs, de la science des théologiens, de la contribution de tous les chrétiens et des hommes de bonne volonté. La foi et la mise en pratique de l'Evangile procurent à chacun une expérience de la vie "dans le Christ", qui l'éclaire et le rend capable d'estimer les réalités divines et humaines selon l'Esprit de Dieu (cf. 1Co 2,10-15). Ainsi l'Esprit Saint peut-il se servir des plus humbles pour éclairer les savants et les plus élevés en dignité.

2039 Les ministères doivent s'exercer dans un esprit de service fraternel et de dévouement à l'Eglise, au nom du Seigneur (cf. Rm 12,8 Rm 12,11). En même temps, la conscience de chacun, dans son jugement moral sur ses actes personnels, doit éviter de s'enfermer dans une considération individuelle. De son mieux elle doit s'ouvrir à la considération du bien de tous, tel qu'il s'exprime dans la loi morale, naturelle et révélée, et conséquemment dans la loi de l'Eglise et dans l'enseignement autorisé du Magistère sur les questions morales. Il ne convient pas d'opposer la conscience personnelle et la raison à la loi morale ou au Magistère de l'Eglise.

2040 Ainsi peut se développer parmi les chrétiens un véritable esprit filial à l'égard de l'Eglise. Il est l'épanouissement normal de la grâce baptismale, qui nous a engendrés dans le sein de l'Eglise et rendus membres du Corps du Christ. Dans sa sollicitude maternelle, l'Eglise nous accorde la miséricorde de Dieu qui l'emporte sur tous nos péchés et agit spécialement dans le sacrement de la Réconciliation. Comme une mère prévenante, elle nous prodigue aussi dans sa liturgie, jour après jour, la nourriture de la Parole et de l'Eucharistie du Seigneur.



II Les commandements de l'Eglise

2041
Les commandements de l'Eglise se placent dans cette ligne d'une vie morale reliée à la vie liturgique et se nourrissant d'elle. Le caractère obligatoire de ces lois positives édictées par les autorités pastorales, a pour but de garantir aux fidèles le minimum indispensable dans l'esprit de prière et dans l'effort moral, dans la croissance de l'amour de Dieu et du prochain:

2042 Le premier commandement ( "Les Dimanches et les autres jours de fête de précepte, les fidèles sont tenus par l'obligation de participer à la Sainte Messe et de s'abstenir des oeuvres serviles") demande aux fidèles de sanctifier le jour où l'on commémore la Résurrection du Seigneur, ainsi que les principales fêtes liturgiques où l'on honore les mystères du Seigneur, de la Bienheureuse Vierge Marie et des Saints, avant tout en participant à la célébration eucharistique qui rassemble la Communauté chrétienne, et de se libérer de tous ces travaux et de ces affaires qui sont de nature à empêcher la sanctification de ces jou (cf. CIC 1246-1248 CIO 881p1-4).

Le deuxième commandement ("Tout fidèle est tenu par l'obligation de confesser ses péchés au moins une fois par an") assure la préparation à l'Eucharistie par la réception du sacrement de la Réconciliation, qui continue l'ouvre de conversion et de pardon du Baptême (cf.CIC 989 CIO 719).

Le troisième commandement ( "Tout fidèle est tenu par l'obligation de recevoir la Sainte Communion au moins chaque année à Pâques") garantit un minimum dans la réception du Corps et du Sang du Seigneur en liaison avec les fêtes Pascales, origine et centre de la liturgie chrétienne (cf.CIC 920 CIO 708 CIO 881p3).

2043 Le quatrième commandement ("Aux jours de pénitence fixés par l'Eglise, les fidèles sont tenus par l'obligation de s'abstenir de viande et d'observer le jeûne") assure des temps d'ascèse et de pénitence qui nous préparent aux fêtes liturgiques et nous disposent à acquérir la maîtrise sur nos instincts et la liberté du cour (cf.CIC 1246 CIO 881 p1 CIO 881 p4 CIO 880 p3).

Le cinquième commandement ("Les fidèles sont tenus par l'obligation de subvenir aux besoins de l'Eglise") énonce que les fidèles sont tenus de subvenir aux nécessités matérielles de l'Église, chacun selon ses possibilités (cf. CIC 1249-1251 CIO 882).

Les fidèles ont encore l'obligation de subvenir, chacun selon ses capacités, aux nécessités matérielles de l'Eglise (cf.CIC 222).



III Vie morale et témoignage missionnaire

2044 La fidélité des baptisés est une condition primordiale pour l'annonce de l'Evangile et pour la mission de l'Eglise dans le monde. Pour manifester devant les hommes sa force de vérité et de rayonnement, le message du salut doit être authentifié par le témoignage de vie des chrétiens. "Le témoignage de la vie chrétienne et les oeuvres accomplies dans un esprit surnaturel sont puissants pour attirer les hommes à la foi et à Dieu" (AA 6).


2045 Parce qu'ils sont les membres du Corps dont le Christ est la Tête (cf. Ep 1,22), les chrétiens contribuent par la constance de leurs convictions et de leur moeurs, à l'édification de l'Eglise. L'Eglise grandit, s'accroit et se développe par la sainteté de ses fidèles (cf. LG 39), jusqu'à ce que "soit constitué l'homme parfait dans la force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ" (Ep 4,18).

2046 Par leur vie selon le Christ, les chrétiens hâtent la venue du Règne de Dieu, du "Règne de la justice, de la vérité et de la paix" (MR, éface du Christ-Roi). Ils ne délaissent pas pour autant leurs tâches terrestres; fidèles à leur Maître ils les remplissent avec droiture, patience et amour.



En bref

2047 La vie morale est un culte spirituel. L'agir chrétien trouve sa nourriture dans la liturgie et la célébration des sacrements.

2048 Les commandements de l'Eglise concernent la vie morale et chrétienne unie à la liturgie et se nourissant d'elle.

2049 Le magistère des pasteurs de l'Eglise en matière morale s'exerce ordinairement dans la catéchèse et la prédication, sur la base du Décalogue qui énonce les principes de la vie morale valables pour tout homme.

2050 Le pontife romain et les évêques, en docteurs authentiques, prêchent au peuple de Dieu la foi qui doit être crue et appliquée dans les moeurs. Il leur appartient aussi de se prononcer sur les questions morales qui sont du ressort de la loi naturelle et de la raison.

2051 L'infaillibilité du magistère des pasteurs s'étend à tous les éléments de doctrine y compris morale sans lesquels les vérités salutaires de la foi ne peuvent être gardées, exposées ou observées.








1998 Catéchisme 1975