1993 Thesaurus - RELIGION ET CULTURE


FIODOR MIKHAÏLOVITCH DOSTOÏEVSKI



--- Certains de ces textes condensent de nombreuses pages, littéralement ----- cependant. Ils peuvent donc paraître obscurs si on n'a pas fréquenté ----- cet auteur. La "saisie" de ces morceaux de textes avait pour but ----- essentiel de me permettre d'alimenter la partie par Sujets. --

Si Dieu n'existe pas, tout est permis.
DOSTOÏEVSKI

Il y a une force terrible dans l'humilité.
DOSTOÏEVSKI

Et pourquoi devrais-je donc aimer votre humanité future, que je ne verrai jamais, qui ne me connaîtra pas, et qui à son tour disparaîtra sans laisser ni traces ni souvenirs... ?
DOSTOÏEVSKI, L'adolescent

Il est si facile à un Russe de devenir athée, plus facile qu'à tout autre habitant du globe ! Et les nôtres ne deviennent pas simplement athées, ils croient à l'athéisme comme à une religion nouvelle, sans remarquer que c'est croire au néant.
DOSTOÏEVSKI, L'idiot

la pensée principale du socialisme - c'est le "mécanisme". Là l'homme devient l'homme mécanique. Des règlements pour tous. L'homme lui-même est écarté. Ils ont enlevé l'âme vivante.
DOSTOÏEVSKI, Les carnets de Crime et Chatiment



LES DEMONS



Vous êtes athée, parce que vous êtes un aristocrate, un seigneur, le dernier des seigneurs. vous ne savez plus discerner le bien du mal, parce que vous avez cessé de comprendre votre peuple...
Obéir était un besoin pour cette nature étriquée, avide de soumission, toujours au nom d'une "grande cause", d'une "grande idée". mais en somme le but n'a pas d'importance en ce cas, car les jeunes fanatiques ne comprennent le dévouement à une cause que pour autant que celle-ci s'incarne dans une personnalité qui en est comme la représentation à leurs yeux...
Si vous parvenez à vous pardonner vous même, le Christ vous pardonnera aussi...

Pour éviter les questions, vous affirmez que personne ne sera lésé dans la nouvelle société et qu'en conséquence il n'est pas besoin de garantie.
Mais seul un fou peut l'affirmer, sans l'avoir expérimenté et sans aucune raison. Sur quoi vous basez-vous ?
Quand bien même votre programme serait juste, son adoption demanderait des siècles, des siècles d'étude pratique, de développement paisible. Si le peuple se laisse entraîner à la révolte, au pillage, bientôt il se calmera, établira quelque chose d'autre, à sa façon, et peut-être de bien plus mauvais encore.
- Nous croyons que notre programme est vrai et que celui qui l'acceptera sera heureux. C'est pourquoi nous consentons au sang, car le sang sera le prix du bonheur.
- Et si le sang ne paie pas , alors !
- Nous sommes convaincus qu'il paiera, et cela nous suffit.

Vous voulez égorger et piller parce que c'est le plus facile. cette doctrine est apparue précisément en France après que les communistes eurent partout raté leur coup et montré qu'ils n'étaient que de petits polissons.
Vous négateurs de Dieu et du Christ, vous n'avez pas réfléchi que sans le Christ tout dans le monde sera souillé et vicié. Vous jugez le Christ et vous riez de Dieu, mais vous-mêmes, par exemple, quel exemple offrez-vous : comme vous êtes mesquins, débauchés, avides et vaniteux. En écartant le Christ vous écartez de l'humanité l'inaccessible idéal de la beauté et du bien. A sa place que proposez-vous d'équivalent ?


Notre libéral est avant tout un laquais et ne fait que guetter à qui il pourrait cirer les bottes.
L'athéisme est issu de cette idée que l'adoration n'est pas une propriété naturelle de la nature humaine et il attend la renaissance de l'homme abandonné uniquement à lui-même. Il d'efforce de montrer que l'homme sera moral quand il sera délivré de la foi. Mais ils n'ont rien montré, on juge de l'arbre aux fruits - au contraire, ils n'ont montré que la monstruosité et offert la philosophie de la bonne digestion.

Mais il faut surtout se préoccuper jalousement de l'égalité totale.
La première chose à faire pour y parvenir est d'abaisser le niveau de l'instruction, des sciences et des talents... Les facultés supérieures se sont toujours emparées du pouvoir...
Egaliser les montagnes...
- La destruction des familles aura pour suite la destruction des enfants, jusqu'à la limite du nécessaire.
- Ce seront des loups.
- Ce seront des hommes honnêtes et chacun connaîtra son métier et son devoir de surveiller les autres.
- Mais ils se dévoreront entre eux.
- Tant mieux ! C'est le but suprême...
C'est une bonne idée... On peut utiliser cette instruction. Il n'y a rien de mieux que cette instruction primaire. Elle donne les hommes les plus perméables. Cette instruction ne fait qu'irriter, exciter. On agit bien sur eux. Quelle matière !

DOSTOÏEVSKI, Les démons et carnets des Démons, fin



LES FRERES KARAMAZOV



J'aime l'humanité, mais, plus j'aime l'humanité en général, moins j'aime les gens en particulier, comme individus.

Les frères Karamazov, Une dame de peu de foi.


Ce n'est qu'après avoir reconnu sa faute comme fils de la société du Christ, c'est-à-dire l'Eglise, que le criminel la reconnaîtra devant la société elle-même, c'est-à-dire devant l'Eglise...

Les frères Karamazov, Ainsi soit-il !


Le socialiste chrétien est plus dangereux que le socialiste athée.

Les frères Karamazov, Un tel homme existe-t-il ?


- En théorie, on peut aimer son prochain, et même de loin, de près, c'est presque impossible.
Nékrassov raconte... comment un moujik frappe de son fouet les yeux de son cheval. Qui n'a vu cela ? c'est bien russe.
Toute la science du monde ne vaut pas les larmes des enfants. Je ne parle pas des souffrances des adultes, ils ont mangé le fruit défendu, que le diable les emporte !
Le général ordonne de déshabiller le bambin... cours, cours ! crient les piqueurs... Les chiens mirent l'enfant en pièces sous les yeux de sa mère...
Je ne veux pas que la mère pardonne au bourreau, elle n'en a pas le droit.
On ne voit pas pourquoi les enfants devraient souffrir pour préparer l'harmonie éternelle. Je comprends bien la solidarité du péché et du châtiment, mais elle ne peut s'appliquer aux petits innocents...
Si la souffrance des enfants sert à parfaire la somme des douleurs nécessaires à l'acquisition de la vérité, j'affirme d'ores et déjà que cette vérité ne vaut pas un tel prix.
On a surfait cette harmonie; l'entrée coûte trop cher pour nous. En honnête homme je suis même tenu de rendre mon billet d'entrée au plus tôt.
Je ne refuse pas d'admettre Dieu, mais très respectueusement je lui rends mon billet.
- Tu as demandé s'il existe dans le monde entier un Être qui aurait le droit de pardonner. Oui, cet Être existe. Il peut tout pardonner, tous et pour tout, car c'est Lui qui a versé son sang innocent pour tous et pour tout. tu l'as oublié, c'est lui la pierre angulaire de l'édifice...


Les frères Karamazov, La révolte


Il a voulu visiter ses enfants... ( Séville, l'Inquisition ) Dans sa miséricorde infinie, Il revient parmi les hommes sous la forme qu'Il avait durant les trois ans de sa vie publique.
Le peuple se presse sur son passage et s'attache à ses pas, il passe au milieu de la foule... son coeur est embrasé d'amour...
La morte se soulève et regarde autour d'elle...
A ce moment passe sur la place le cardinal grand inquisiteur... Il ordonne aux gardes de le saisir... Le peuple s'incline jusqu'à terre devant le vieil inquisiteur.

Le grand inquisiteur paraît dans la cellule, un flambeau à la main...
- "C'est Toi, Toi ? Ne dis rien, je ne le sais que trop.
Tu n'as pas le droit d'ajouter un mot à ce que tu as dit jadis. Pourquoi es-tu venu nous déranger ?
Est-ce Toi ou seulement Son apparence ? Demain je te condamnerai... et ce même peuple qui aujourd'hui te baisait les pieds, se précipitera demain, sur un signe de moi, pour alimenter ton bûcher."

Le prisonnier ne peut que se taire. C'est le trait fondamental du catholicisme romain : tout a été transmis par Lui au pape... qu'Il ne vienne pas nous déranger, avant le temps du moins... "Cette révélation s'ajouterait à celle d'autrefois, et ce serait retirer aux hommes la liberté que tu défendais tant sur la terre. toutes tes révélations nouvelles porteraient atteinte à la liberté de la foi, car elles paraîtraient miraculeuses...
N'as tu pas dit bien souvent :"Je veux vous rendre libres." Eh bien ! Tu les a vus, les hommes "libres" ", ajoute le vieillard...
Il se vante, lui et les siens, d'avoir supprimé la liberté pour rendre les hommes heureux. Les hommes sont naturellement révoltés; est-ce que des révoltés peuvent être heureux ?

- " Les avertissements et les conseils ne t'ont cependant pas manqué.
Pouvait-on rien dire de plus pénétrant que ce qui te fut dit dans les trois questions, dans les "tentations" que tu as repoussé ?
Elles résument et prédisent en même temps toute l'histoire ultérieure de l'humanité.
Tu veux aller au monde les mains vides, en prêchant aux hommes une liberté que leur sottise et leur ignominie naturelles les empêchent de comprendre, une liberté qui leur fait peur, car il n'y a rien de plus intolérable pour l'homme et la société !
Nourris-les, et alors exige d'eux qu'ils soient vertueux ! Voilà ce qu'on écrira sur l'étendard de la révolte qui abattra ton temple.
Sans nous ils seront toujours affamés... Ils finiront par déposer cette liberté à nos pieds en disant : "Réduisez-nous plutôt en servitude, mais nourrissez-nous." Ils comprendront enfin que la liberté est inconciliable avec le pain de la terre à discrétion, parce que jamais ils ne sauront le répartir entre eux
Ils nous sont chers aussi, les êtres faibles. Quoique dépravés et révoltés, ils deviendront finalement dociles.
En consentant au miracle des pains, tu aurais calmé l'éternelle inquiétude de l'humanité, savoir :"Devant qui s'incliner ?"
Ce besoin de communauté dans l'adoration est le principal tourment de chaque individu... C'est pour réaliser ce rêve qu'on s'est exterminé par le glaive.
Tu n'ignorais pas ce secret fondamental de la nature humaine, et pourtant tu as repoussé l'unique drapeau qu'on t'offrait... celui du pain terrestre.
Au lieu de t'emparer de la liberté humaine, tu l'as encore étendue.
As-tu donc oublié que l'homme préfère la paix et même la mort à la liberté de discerner le bien et le mal ?
Au lieu de principes solides qui eussent tranquillisé la conscience humaine, tu as choisi des notions vagues... et par là tu as agi comme si tu n'aimais pas les hommes... Tu as accru la liberté humaine au lieu de la confisquer et tu as ainsi imposé pour toujours à l'être moral les affres de cette liberté.
Ils s'écrieront que la vérité n'était pas en toi, autrement tu ne les aurais pas laissé dans une incertitude aussi angoissante avec tant de soucis...
Tu as ainsi préparé la ruine de ton royaume...
Il y a trois forces qui puissent subjuguer la conscience de ces faibles révoltés : le miracle, le mystère, l'autorité ! Tu les as repoussé toutes les trois..
Tu montras une fierté sublime, mais les hommes, race faible et révoltée, ne sont pas des dieux !
L'homme repousse Dieu en même temps que le miracle, car c'est surtout le miracle qu'il cherche. et comme il ne saurait s'en passer il s'en forge de nouveaux, les siens propres.
Tu n'es pas descendu de la croix...
Les hommes sont des esclaves, bien qu'ils aient été crées rebelles.
La grande estime que tu avais pour les hommes a fait tort à la pitié.
En l'estimant moins, tu lui aurais imposé un fardeau plus léger, plus en rapport avec ton amour.
Les hommes s'insurgent contre notre autorité, mais ce ne sont que de faibles mutins, Ils verseront de sottes larmes, et comprendront que le Créateur, en les faisant rebelles, a voulu se moquer d'eux... et ce blasphème les rendra encore plus malheureux.
L'âme faible est-elle coupable de ne pouvoir contenir des dons si terribles ?
Nous avons corrigé ton oeuvre en la fondant sur le miracle, le mystère et l'autorité. Et les hommes se sont réjouis d'être de nouveau menés comme un troupeau... N'était-ce pas aimer l'humanité que de comprendre sa faiblesse, d'alléger son fardeau avec amour ?
Nous avons accepté Rome et le glaive de César...
En acceptant la pourpre de César tu aurais fondé l'empire universel et donné la paix au monde.
Tu es fier de tes élus, mais ce n'est qu'une élite, tandis que nous donnons le repos à tous.
L'indépendance, la libre pensée, la science les auront égarés dans un tel labyrinthe... que les uns, rebelles furieux, se détruiront eux-mêmes, les autres, foule lâche et misérable, se traîneront à nos pieds en criant : "Oui, vous aviez raison... Sauvez-nous de nous-mêmes !" Ils comprendront la valeur de la soumission définitive. Et tant que les hommes ne l'auront pas comprise, ils seront malheureux.
C'est toi, qui en les élevant, leur a enseigné l'orgueil; nous leur prouverons qu'ils sont débiles, qu'ils sont de pitoyables enfants, mais que le bonheur puéril est le plus délectable. Ils se serreront contre nous avec effroi...
Ils nous soumettrons leurs secrets... et nous résoudrons tous les cas et ils accepteront notre décision avec allégresse, car elle leur épargnera le grave souci de choisir eux-mêmes librement. Des millions seront heureux, sauf quelques uns, leurs directeurs, nous, les dépositaires du secret.
Je ne te crains point, moi aussi j'ai été au désert...
Mais je me suis ressaisi et n'ai pas voulu servir une cause insensée.
Je suis venu me joindre à ceux qui ont corrigé ton oeuvre. J'ai quitté les fiers, je suis revenu aux humbles, pour faire leur bonheur."


Il y en a peut-être eu quelques-uns parmi les pontifes romains ? Qui sait ?
J'imagine même que les francs-maçons ont un mystère analogue à la base de leur doctrine, et c'est pourquoi catholiques et francs-maçons se haïssent tant.

Tout à coup le Prisonnier s'approche en silence du nonagénaire et baise ses lèvres exsangues. C'est toute la réponse. Le vieillard tressaille, ses lèvres remuent; il va à la porte, l'ouvre et dit : "Va-t-en et ne reviens plus...plus jamais !"

Les frères Karamazov, Le grand inquisiteur


Tu as rejeté le Royaume nous avons été obligés d'accepter et si cela coûte du sang et des générations entières, c'est toi, l'Unique c'est toi le coupable. il n'y a pas de souci plus constant et plus douloureux pour l'homme demeuré libre que celui de trouver au plus vite devant qui se prosterner.
Pourquoi les athées aiment tant les doctrines matérialistes ? Précisément parce que, ainsi, tout se termine si vite, tout disparaît sans laisser de traces et aboutit par conséquent à l'anéantissement et à la mort, c'est-à-dire à la tranquillité sans la moindre liberté. il n'y a rien de plus séduisant pour l'homme que la liberté de sa conscience, mais rien non plus de plus torturant.
Les hommes proclameront finalement que la vérité n'était pas en Toi, car il était impossible de les laisser dans le trouble et les tourments plus que tu n'as fait.

Les carnets des frères Karamazov, Le grand inquisiteur


Et il fit au diable l'éloge de Job, son noble serviteur. Le diable sourit à ces paroles :"Livre-le-moi, et tu verras que ton serviteur murmurera contre toi et maudira ton nom."

Il suffit d'une minuscule semence; une fois jetée dans l'âme des simples, elle ne périra pas et y restera jusqu'à la fin, parmi les ténèbres et l'infection du péché, comme un point lumineux et un sublime souvenir.
Pas de longs commentaires, d'homélies, il comprendra tout simplement.
Seul le peuple et sa force spirituelle future convertiront nos athées détachés de la terre natale. Et qu'est-ce que c'est que la parole du Christ sans l'exemple ? Sans la Parole de Dieu le peuple périra, car son âme est avide de cette Parole et de toute noble idée.
Quarante ans ont passé depuis lors et je me rappelle encore cette scène avec honte et douleur.


"Messieurs, est-il si étonnant à notre époque de rencontrer un homme qui se repente de sa sottise et qui reconnaisse publiquement ses torts ?" Une fois dans ma vie j'ai résolu d'agir sincèrement, et tous vous me croyez toqué; tout en m'aimant, vous riez de moi.
A présent chacun aspire à séparer sa personnalité des autres, chacun veut goûter lui-même la plénitude de la vie; cependant, loin d'atteindre le but, tous les efforts des hommes n'aboutissent qu'à un suicide total, car, au lieu d'affirmer pleinement leur personnalité, ils tombent dans une solitude complète.

Les frères Karamazov, Biographie du starets Zosime


J'étonnerais bien des gens en disant que ce sont les religieux et les moines qui sauveront peut-être encore une fois la terre russe.
Quant aux pauvres, l'inassouvissement des besoins et l'envie sont pour le moment noyés dans l'ivresse. Mais bientôt, au lieu de vin, ils s'enivreront de sang, c'est le but vers lequel on les mène.

"En te retirant dans un monastère pour faire ton salut tu désertes la cause fraternelle de l'humanité." Mais qui sert le plus la fraternité. Car l'isolement est de leur côté, non du nôtre, et ils ne le remarquent pas.
C'est de notre milieu que sortirent jadis les hommes d'action du peuple...
Ces jeûneurs et ces taciturnes doux et humbles se lèveront pour servir une noble cause. C'est le peuple qui sauvera la Russie. Le monastère russe fut toujours avec le peuple. Si le peuple est isolé, nous le sommes aussi.
Le peuple terrassera l'athée et la Russie sera unifiée dans l'orthodoxie.
Préservez le peuple et veillez sur son coeur. Instruisez-le dans la paix.
Voilà votre mission de religieux, car ce peuple porte Dieu en lui.
Dieu sauvera la Russie, car si le bas peuple est perverti et croupit dans le péché, il sait que Dieu a le péché en horreur et qu'il est coupable devant Lui. De sorte que notre peuple n'a pas cessé de croire à la vérité; il reconnaît Dieu et verse des larmes d'attendrissement. Il n'en va pas de même chez les grands. Adeptes de la science ils veulent s'organiser équitablement par leur seule raison, sans le Christ...
Quant à la Russie, le Seigneur la sauvera comme il l'a sauvée maintes fois.
C'est du peuple que viendra le salut, de sa foi, de son humilité. Mes Pères, préservez la foi du peuple...


Je m'étonnai alors que les idées les plus simples, les plus évidentes, nous viennent si tard à l'esprit.
Ils peuvent s'organiser selon la justice, mais ayant repoussé le Christ ils finiront par inonder le monde de sang, car le sang appelle le sang, et celui qui a tiré l'épée périra par l'épée. Sans la promesse du Christ, ils s'extermineraient jusqu'à ce qu'il n'en resta que deux. Et dans leur orgueil, ceux-ci ne pourraient se contenir, le dernier supprimerait l'avant-dernier et lui-même ensuite.

Toute prière, si elle est sincère, exprime un nouveau sentiment, elle est la source d'une idée nouvelle que tu ignorais et qui te réconfortera, et tu comprendras que la prière est une éducation.
Chaque jour, à chaque instant, surveillez-vous... Vous avez passé à côté d'un petit enfant en blasphémant, sous l'empire de la colère, sans le remarquer; mais lui vous a vu, et il garde peut-être dans son coeur votre image avilissante. Sans le savoir vous avez peut-être semé dans son âme un mauvais germe...
Tu verras que tu es coupable pour tous et pour tout. Mais en rejetant ta paresse et ta faiblesse sur les autres, tu deviendras finalement d'un orgueil satanique, et tu murmureras contre Dieu.

S'il s'en va insensible à tes bons traitements et en se moquant de toi, n'en sois pas impressionné; c'est que son heure n'est pas encore venue, mais elle viendra; et dans le cas contraire, un autre à sa place comprendra, souffrira, se condamnera, s'accusera lui-même, et la vérité sera accomplie.
Si même les hommes restent insensibles à cette lumière malgré tes efforts, et qu'ils négligent leur salut, demeure ferme et ne doute pas de la puissance de la lumière céleste; sois persuadé que s'ils n'ont pas été sauvés maintenant, ils le seront plus tard. Sinon, leurs fils seront sauvés à leur place, car ta lumière ne périra pas, même si tu étais mort. Le juste disparaît, mais sa lumière reste. C'est après la mort du sauveur que l'on se sauve. Le genre humain repousse ses prophètes, il les massacre, mais les hommes aiment leurs martyrs, et vénèrent ceux qu'ils ont fait périr.

L'enfer c'est la souffrance de ne plus pouvoir aimer. Une fois, dans l'infini de l'espace et du temps, un être spirituel, par son apparition sur la terre, a eu la possibilité de dire : "Je suis et j'aime". Une fois seulement lui a été accordé un moment d'amour actif et vivant; à cette fin lui a été donnée la vie terrestre, bornée dans le temps; or, cet être heureux a repoussé ce don inestimable, ne l'a ni apprécié, ni aimé, l'a considéré ironiquement, y est resté insensible...
Il se dira "Maintenant j'ai la connaissance et, malgré ma soif d'amour, cet amour sera sans valeur, ne représentera aucun sacrifice, car la vie terrestre est terminée"... Soif ardente d'un amour actif et reconnaissant, désormais impossible.
Malheur à ceux qui se sont détruits eux-mêmes, malheur aux suicidés !


Les frères Karamazov, Entretiens du starets Zosime


Si les os deviennent jaunes comme la cire, cela signifie que le Seigneur a glorifié un juste; mais s'ils sont noirs, c'est que le Seigneur ne l'en a pas jugé digne; voilà comme on procède au mont Athos, voilà les traditions de l'orthodoxie.

Les frères Karamazov, L'odeur délétère


Dans certains cas il est plus honorable de céder à un entraînement déraisonnable, provoqué par un grand amour, que d'y résister. A plus forte raison dans la jeunesse, car selon moi un jeune homme constamment judicieux ne vaut pas grand-chose.

Les frères Karamazov, Une telle minute


En réalité, se peut-il qu'il soit venu sur terre pour multiplier le vin à de pauvres noces ? Mais il a fait ce qu'elle lui demandait...
Sa majesté est terrible... mais sa miséricorde est sans bornes; par amour il s'est fait semblable à nous et se réjouit avec nous; il change l'eau en vin, pour ne pas interrompre la joie des invités; il en attend d'autres; il les appelle continuellement...
Il ignorait pourquoi il étreignait la terre... il l'embrassait en sanglotant... "arrose la terre de larmes de joie et aime-les..." Il s'était prosterné faible adolescent et se releva lutteur solide pour le reste de ses jours, il en eut conscience à ce moment de sa crise.

Les frères Karamazov, Les noces de Cana


Ainsi les spirites... Ils croient servir la foi, parce que le diable leur montre ses cornes de temps en temps "C'est une preuve matérielle de l'existence de l'autre monde." L'autre monde démontré matériellement !
En voilà une idée ! Enfin, cela prouverait l'existence du diable, mais non celle de Dieu.
Non, il faut que tu vives, me réplique-t-on, car sans toi rien n'existerait.
Si tout était raisonnable sur la terre, il ne s'y passerait rien. "Sans toi, pas d'événements; or, il faut des événements." je remplis donc ma mission, bien à contre coeur, pour susciter des événements et je réalise l'irrationnel, par ordre. Les gens souffrent évidemment... En revanche, ils vivent d'une vie réelle et non imaginaire, car la souffrance, c'est la vie.
Sans la souffrance, quel plaisir offrirait-elle ? tout ressemblerait à un "Te deum" interminable; c'est saint, mais bien ennuyeux.


Les frères Karamazov, Le diable


La conscience, qu'est-ce que cela ? C'est moi qui l'ai inventée. Pourquoi a-t-on des remords ? Par habitude. L'habitude qu'a l'humanité depuis sept mille ans. Défaisons-nous de l'habitude et nous serons des dieux.

DOSTOÏEVSKI, Les frères Karamazov, C'est lui qui l'a dit ( le diable ), fin




GEORGES BASTIDE



La contradiction éthique, c'est-à-dire, l'inadéquation entre la vie et la pensée...
GEORGES BASTIDE

Nous savons bien que pour être une "personne", il faudrait que notre conscience fût autre chose qu'un grouillement de désirs.
GEORGES BASTIDE

La conversion est l'inversion de la diversion.
GEORGES BASTIDE

En nous affirmant que "c'est la vie", nous ne pouvons nous empêcher de penser que cette vie "n'est pas une vie".
GEORGES BASTIDE

Penser l'échec est déjà une victoire à condition que cette pensée porte avec elle la promesse des horizons capable d'illuminer ultérieurement de la clarté spirituelle l'existence qui cherche à se conquérir en authenticité de vie.
GEORGES BASTIDE

Les empiristes impénitents dont la foi dans les biens de ce monde est sans cesse renaissante, s'imaginent toujours que les leçons de l'expérience d'hier peuvent préparer les réussites de demain.
GEORGES BASTIDE

Tant que la pensée se consacre uniquement à la réussite empirique elle aboutit fatalement à cette pensée d'un échec radical dans la solitude totale.
GEORGES BASTIDE

En l'absence de conversion spirituelle nous serons libres de tout, mais nous serons libres pour rien.
GEORGES BASTIDE


L'expérience de l'échec aboutit à mettre en doute que la destination de l'homme soit de se satisfaire.
GEORGES BASTIDE

Plus nous voudrons connaître de choses pour les dominer, et moins nous saurons de quoi nous parlons.
Le verbalisme sera roi.
GEORGES BASTIDE

L'abdication de l'esprit soit dans l'esseulement de l'insularité, soit dans l'absorption au sein du tout.
GEORGES BASTIDE

La conversion substitue... l'intelligence compréhensive de l'unité unifiante... Elle substitue la présence à l'absence.
Ce qui était dernier selon la puissance devient premier selon l'esprit.
GEORGES BASTIDE

La vision de la lumière spirituelle est une expèrience inoubliable, même pour celui ( cas le plus fréquent ) qui retournerait à la pénombre de la caverne.
GEORGES BASTIDE, évoquant Platon

La triade de toute vie morale : liberté, responsabilité, devoir.
GEORGES BASTIDE

S'efforcer d'expliquer à tout prix des valeurs spirituelles par les valeurs empiriques... c'est essayer de tirer le plus du moins.
C'est vouloir faire sortir l'esprit de la nature.
GEORGES BASTIDE, sur les sentiments égo-altruistes

La conversion c'est regarder ailleurs et invertir la direction de l'engagement antérieur... en substituant à l'indéfini du désir empirique l'infini de la perfection.
GEORGES BASTIDE


L'homme n'étant pas un, on ne voit pas comment il pourrait être pris comme unité de mesure.
GEORGES BASTIDE

C'est l'empirique qui est évasion parce qu'il est aliénation dans les apparences... Il obéit plus qu'il ne commande.
GEORGES BASTIDE

Les biens empiriques se diminuent par le partage, les valeurs spirituelles au contraire s'augmentent par communion.
GEORGES BASTIDE

La conscience convertie préfère les idées aux sensations.
GEORGES BASTIDE

Les concepts, les représentations abstraites et générales, ont toujours été les meilleurs fourriers du malheur de la conscience.
GEORGES BASTIDE

L'idée est liée à l'acte libre de l'homme qui devient ainsi un centre dramatique d'initiative dans la conversion spirituelle et dans la transfiguration des valeurs.
C'est ce centre d'initiative que nous appelons une "personne".
GEORGES BASTIDE

L'esprit est puissance d'unification de la multiplicité intérieure.
GEORGES BASTIDE

La bonne foi ne va pas de soi... A l'origine est la crédulité, non critique, faisant mesurer la crédibilité de l'objet à la crédulité du sujet, et conduisant à l'erreur généralisée, à ces procédés de ruse qui constituent le vernis factice des civilisations... Drame des disciplines chargées de la promotion d'une humanité valable, qui, oubliant le lointain pour le proche, nous offrent le triste spectacle de n'être que des surenchères à la mauvaise foi.
GEORGES BASTIDE




CHARLES BAUDELAIRE



Un homme qui ne boit que de l'eau a un secret à cacher a ses semblables.
BAUDELAIRE

Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère !
BAUDELAIRE

La froide majesté de la femme stérile.
BAUDELAIRE

Un éclectique est un navire qui voudrait marcher avec quatre vents.
BAUDELAIRE

Si l'artiste abêtit le public, celui-ci le lui rend bien.
BAUDELAIRE

Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité; le bien est toujours le produit d'un art.
BAUDELAIRE

Aimer les femmes intelligentes est un plaisir d'anormal.
BAUDELAIRE

Tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s'amuser.
BAUDELAIRE

Je m'ennuie en France, surtout parce que tout le monde y ressemble à Voltaire.
BAUDELAIRE

Je ne comprends pas qu'une main puisse toucher un journal sans une convulsion de dégoût.
BAUDELAIRE


O vous, soyez témoin que j'ai fait mon devoir
Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.
BAUDELAIRE

Le diable, je suis bien obligé d'y croire, car je le sens en moi
BAUDELAIRE

Les seuls vrais grands hommes sont les saints.
BAUDELAIRE

Il n'y a sur terre d'intéressant que les religions.
BAUDELAIRE

Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance comme un divin remède à nos impuretés.
BAUDELAIRE




JULIEN BENDA



--- Certains de ces textes condensent de nombreuses pages, littéralement ----- cependant. Ils peuvent donc paraître obscurs si on n'a pas fréquenté ----- cet auteur. La "saisie" de ces morceaux de textes avait pour but ----- essentiel de me permettre d'alimenter la partie par Sujets. --


Les philosophies tendancieuses des Allemands mènent à la guerre nationale et celles des Français à la guerre civile.
JULIEN BENDA

Un Machiavel, qui parle pour ses pairs, peut s'offrir le luxe de n'être point moraliste. Un Maurras qui parle pour des foules ne le peut pas : on n'écrit pas impunément dans une démocratie.
JULIEN BENDA



DISCOURS A LA NATION EUROPEENNE



La nation n'a vraiment existé que le jour où elle a possédé un système de valeurs approprié à sa nature, le jour où, au XIXème siècle, s'est constituée une morale nationaliste.
Ce n'est pas le "zollverein" qui a fait l'Allemagne, ce sont les "Discours à la nation allemande" de Fichte.

Tant est morte la parole du docteur chrétien ( st Thomas ) : "L'homme est avant tout une chose spirituelle."
La première réforme qu'il vous faudra accomplir c'est de cesser de vous prosterner aux pieds des autels de Marx pour revenir à ceux de Platon.

Le véritable homme de l'esprit ne s'occupe pas de construire l'Europe, pas plus qu'il ne s'est occupé de construire la France ou l'Allemagne. Il a autre chose à faire qu'édifier des groupements politiques.
La pure raison n'a jamais rien fondé dans l'ordre terrestre. Il s'agit d'opposer au pragmatisme nationaliste, un autre pragmatisme, à des idoles d'autres idoles, à des mythes d'autres mythes, à une mystique une autre mystique. Votre fonction est de faire des dieux; juste le contraire de la science.

Toutes les parties de la chrétienté se signent dans ce cri de l'une d'elles : "Nous sommes d'abord vénitiens, ensuite chrétiens." Bientôt, au XVIème siècle, elles briseront en morceaux distincts l'autorité chrétienne suprême. Chaque prince d'un Etat protestant, a-t-on pu dire, devient un pape localisé.

"Au lieu de roi, on voit maintenant des roitelets; l'universel est oublié, chacun ne pense plus qu'à soi."
Qu'au lieu de bénir, avec Renan, l'heure où le pape et l'empereur se brouillèrent... Il faudra admirer Napoléon quand, plus européen que Français, lorsqu'il dit : "N'oubliez pas que je suis le successeur de Charlemagne, et non pas de Louis XIV."


Si les Hohenstaufen avaient su unifier l'Allemagne et l'Italie, c'était la paix du monde et sa beauté pour de longs siècles.

Si l'on voulait dresser l'acte de décès légal de l'Empire romain, il faudrait descendre au 6 août 1806, heure où François II résigna son titre d'empereur romain de nation germanique pour prendre celui d'empereur d'Autriche.

Dites à l'Europe qu'elle ne se fera pas sans quelque dépréciation du monde sensible, quelque abaissement de l'esprit pratique.
La pure religion du pratique ne mènera jamais qu'à la guerre.

Tant qu'ils ne sortiront pas du domaine des "toi" et des "moi", du domaine de la "vraie existence", ils ne feront pas l'Europe, parce qu'ils seront dans le domaine de l'amour, mais seront du même coup dans le domaine de la haine, qui est le même domaine; parce qu'ils ne seront pas dans le domaine de la justice qui est le domaine - ennuyeux - du "lui", transcendant au "toi" et au"moi".
La guerre est éminemment un dialogue du "toi" et du "moi".

Elevez vos écoliers à vénérer l'Eglise pour avoir si longtemps travaillé à empêcher le spirituel de choir dans le national.
Honorez-là, quels qu'aient été ses mobiles, quand, au concile de Trente, elle repousse l'emploi des langues nationales pour la messe, maintient le latin.
Honorez l'ordre des Jésuites quand, en pleine guerre de Trente ans, leur général commande à ses collègues : "Ne disons pas ma patrie. Cessons de parler un langage barbare."
Ne glorifiez pas le jour où la prière s'est nationalisée.

Vous ferez l'Europe par ce que vous direz, non par ce que vous serez.

Il vous faut à tout prix rompre cette solidarité que les patries, dans la monstrueuse razzia spirituelle qu'elles mènent depuis cent ans et que vous leur avez laissé mener, ont su créer entre elles et vous.
Là encore, il vous faut détruire l'oeuvre folle du XIXème siècle dont nous avons vu les effets.


Détruire l'actuelle vénération de l'irrationnel sera difficile. Elle est partout.
La nuit peut être fière; elle a obtenu que le lumière ait honte d'être la lumière et n'admire plus que la nuit.

La religion de l'originalité est la religion de "ce qui ne se rattache à rien" et toise l'univers du haut de cet Unique. C'est la religion de l'orgueil et du mépris.
En tout cela, ce qu'il vous faut faire, c'est encore détruire l'oeuvre insensée du XIXème siècle, qui s'est mis à élever la spontanéité au-dessus de la réflexion, l'invention au dessus de l'ordre, l'originalité au-dessus de la vérité.
Il ne s'agit point ici de déshonorer la puissance créatrice; il s'agit d'enseigner que d'autres sont au-dessus d'elle.
Vous ne ferez une terre de paix qu'en proclamant, avec les Grecs, que la sublime fonction des dieux n'est pas d'avoir créé le monde, mais, sans plus rien créer, d'y avoir porté de l'ordre, d'avoir fait un Cosmos.

Ici encore, que Platon nous guide : "Au premier rang de vertus sont la sagesse et la tempérance : le courage ne vient qu'ensuite." Le courage : la substance même du "dynamisme".

Au XIXème siècle, vous vous êtes mis à concevoir l'idéal comme sortant du réel par voie de continuité, par "évolution".
Entre le terrestre et le divin, il y eut, désormais, différence de degré, non de nature.
L'éternel, enseignent maintenant vos écoles, "s'amorce dans le temporel".
On apprenait aux hommes que le divin, par une condescendance de sa nature, devient l'humain. Mais on ne leur a jamais dit que l'humain, par un haussement de la sienne, devient le divin.

Cette humanisation du divin vous a menés à le doter d'attributs fort nouveaux.
D'abord, le divin est aujourd'hui lié aux circonstances. Mieux, il doit être "adapté" à ces circonstances. Jadis, c'étaient les circonstances qui devaient regarder vers l'idéal. Maintenant, c'est l'idéal qui doit "s'inspirer des circonstances". C'est tout le marxisme.
Etant circonstancié, le divin "varie" avec les circonstances. Il se "développe" avec le temps. Mieux, il se "perfectionne" avec le temps, s'affirme de plus en plus en tant que divin. Dieu aujourd'hui est "progressif".
Et comment progresse-t-il ? Rencontrant incessamment des obstacles, il entre en lutte avec eux et les surmonte. D'où ce troisième attribut : "le divin est maintenant du genre guerrier et conquérant".
Evident chez Hegel, chez Marx, chez Nietzsche, pour qui le souverain principe est celui par lequel l'être "doit toujours se dépasser"...


Je demande ce que vous répondrez à ces masses qui, pour justifier leurs appétits et leurs coups de force, décrètent, en récitant Hegel s'il s'agit de la nation, Marx s'il s'agit de la classe, qu'elles sont un moment de la réalisation de Dieu dans le monde.

Ceux auxquels le spectacle des phénomènes terribles inspire l'admiration sont peut-être développés du point de vue esthétique. A coup sûr, ils sont sans culture du point de vue moral.

Je dirais volontiers que la pensée des classes appliquées à garder leur hégémonie sociale est la suivante : "Il faut que le peuple craigne Dieu.
Or, il ne craint plus Dieu. Il faut qu'il craigne la guerre. Cela obtenu, tâchons de garder la paix."

Quand on veut rétablir les lieutenants de louveterie, il faut crier que les loups sont là. D'ailleurs, si on le crie tous les jours, il se peut qu'un jour on dise vrai.

Alors qu'on rougit de certains actes qu'on commet pour la prospérité de sa personne, on vénère ces mêmes actes s'ils ont pour fin l'intérêt de la nation.
L'égoïsme, en devenant national, est devenu "sacré".

JULIEN BENDA, Discours à la nation européenne, fin




1993 Thesaurus - RELIGION ET CULTURE