Le Château intérieur, III Demeures - CHAPITRE I

CHAPITRE II

Suite du même sujet. Des sécheresses dans l'oraison, de ce qui peut s'ensuivre, de la nécessité de nous mettre à l'épreuve. De la manière dont le Seigneur éprouve ceux qui ont atteint ces Demeures.

J'ai connu un assez grand nombre de personnes parvenues à l'état dont je viens de parler. Déjà, depuis plusieurs années, elles servaient Dieu avec fidélité, et tout en elles était bien réglé à l'intérieur comme à l'extérieur, autant qu'on en pouvait juger; et néanmoins qu'est-il arrivé? Après tant d'années, lorsqu'elles devaient, ce semble, fouler le monde sous leurs pieds, ou du moins en être entièrement désabusées, Dieu n'a pas plutôt commencé à les éprouver en des choses assez légères, qu'elles sont tombées dans une inquiétude et une angoisse de coeur étranges. J'en étais tout interdite, et ne pouvais m'empêcher de craindre pour elles. Dans cet état, leur donner quelque conseil eût été superflu. Faisant depuis si longtemps profession de vertu, elles se croyaient capables d'enseigner les autres, et pensaient être très fondées à sentir vivement ces épreuves. Pour moi, je ne connais qu'un moyen de les consoler: c'est d'abord de leur témoigner une grande compassion de leurs peines, et l'on ne saurait, en effet, trop compatir à une telle misère; ensuite, de ne point contredire leurs sentiments, parce que, persuadées comme elles le sont qu'elles souffrent pour l'amour de Dieu, elles ne peuvent s'imaginer qu'il y ait de l'imperfection, autre erreur non moins déplorable en des personnes si avancées. Qu'elles soient sensibles à ces épreuves, il n'y a pas lieu de s'en étonner; mais, à mon avis, elles devraient en peu de temps triompher d'une pareille peine. Elles répondraient ainsi au dessein de Dieu; car souvent Dieu veut que ses élus sentent leur misère, et dans ce but il éloigne d'eux ses faveurs pour un peu de temps. II n'en faut pas davantage, cette épreuve est pour eux un trait de lumière, bien vite ils apprennent à se connaître, et ils voient très clairement leurs défauts. Parfois même, considérant qu'ils n'ont pas le courage de s'élever au-dessus de certaines tribulations assez légères, ils en éprouvent une peine plus vive que des sécheresses et de la soustraction des grâces sensibles qu'ils endurent. A mon gré, c'est là une grande miséricorde de Dieu à leur égard . Et si c'est une imperfection en eux de ne pas dominer entièrement ces légères. épreuves, cette imperfection devient très profitable pour leur âme, par les trésors d'humilité dont elle l'enrichit.

Il n'en est pas ainsi des personnes dont je parlais plus haut; dans leur pensée, elles canonisent leurs épreuves, et voudraient que les autres en fissent autant. J'en veux rapporter quelques exemples afin de nous exciter à nous connaître et à nous éprouver nous-même, vu qu'il nous est très avantageux d'avoir cette connaissance avant que Dieu nous éprouve. Une personne riche, sans enfants, sans héritiers, vient à souffrir quelque perte; il lui reste néanmoins encore plus de bien qu'il ne lui en faut pour elle et pour toute sa maison. Si cette perte lui cause autant d'inquiétude et de trouble que si elle n'avait pas seulement de pain, comment Notre Seigneur pourrait-il lui demander de tout quitter pour l'amour de lui? Elle dira peut-être que l'affliction qu'elle ressent vient de ce qu'elle voudrait pouvoir faire du bien aux pauvres? Mais moi je crois que ce que Dieu demande ici, c'est la soumission à ce qu'il fait et la paix au milieu de l'épreuve, et non tous ces beaux élans de la charité. Que si cette personne ne se soumet pas de la sorte au bon plaisir de Dieu parce qu'il ne l'a pas encore élevée à un si haut degré de vertu, patience; mais qu'elle reconnaisse au moins. qu'elle ne possède pas encore la liberté d'esprit, qu'elle la demande au Seigneur, et qu'elle se dispose par ce moyen à la recevoir de sa bonté.

Une autre personne a plus de fortune qu'il ne lui en faut pour vivre, et il s'offre une occasion de l'augmenter. Si c'est un don qu'on veut lui faire, à la bonne heure. Mais qu'elle travaille pour cela, et qu'une fois en possession de ces nouveaux biens, elle s'efforce d'acquérir toujours davantage, c'est ce que je ne saurais approuver. Son intention est bonne sans doute, puisque je parle ici de personnes d'oraison et de vertu; mais elle ne doit pas prétendre arriver par ce chemin jusqu'aux demeures voisines de celle du grand Roi.

Quelque chose de semblable se passe pour peu que l'on méprise ces personnes et que l'on touche à leur honneur. Souvent, à la vérité, Dieu leur fait la grâce de le supporter patiemment, soit parce que Dieu, aimant à honorer la vertu en public, ne veut pas que l'estime qu'on a pour elle souffre d'atteinte, soit parce que, étant un maître plein de bonté, il se plaît à récompenser ainsi les services qu'il a reçus d'elles. Mais il leur reste une inquiétude qu'elles ne peuvent maîtriser et qui ne les abandonne pas de sitôt.

Et ce sont là pourtant des personnes qui méditent depuis des années sur ce que Notre Seigneur a souffert, sur les avantages qui se rencontrent dans la souffrance, et qui même désirent de souffrir. Que dis je? elles sont tellement satisfaites de leur manière de vie, qu'elles souhaiteraient que tout le monde marchât sur leurs traces. Et Dieu veuille qu'elles ne rejettent pas sur les autres la cause de la peine qu'elles souffrent, et ne s'en attribuent que le mérite.

Il vous semblera peut-être, mes soeurs, que ceci est hors de propos et ne vous regarde point, puisque rien de semblable ne se passe parmi nous? Nous n'avons point de richesses; nous n'en désirons point, et nous ne faisons rien pour en acquérir; personne ne vient nous dire des injures, et ainsi ces comparaisons n'ont point de rapport à notre état: J'en conviens, mais elles servent à apprécier une multitude de choses analogues qui peuvent arriver chez nous et qu'il n'est pas besoin de marquer ici en particulier. Par ces petites épreuves, quoique bien différentes de celles que je viens de rapporter, vous jugerez si vous êtes entièrement détachées de ce que vous avez abandonné dans le monde, vous pourrez très bien vous éprouver et voir si vous êtes maîtresses de vos passions. Veuillez m'en croire, la perfection ne consiste pas à porter un habit de religieuse, mais à pratiquer les vertus, à assujettir en toutes choses notre volonté à celle de Dieu, et à la prendre pour règle de la conduite de notre vie. Si nous ne sommes point encore arrivées jusqu'à ce degré de vertu, humilions-nous, mes filles. L'humilité est un remède infaillible pour guérir nos plaies; et quoique Notre Seigneur, qui est notre divin médecin, tarde à venir, ne doutez pas qu'il ne vienne et ne nous guérisse.

Ces personnes portent jusque dans leurs pénitences cette même mesure qui règle toute leur conduite. Elles tiennent extrêmement à la vie, mais pour l'employer au service de Notre Seigneur, ce dont on ne saurait les blâmer. Ainsi, elles pratiquent les austérités avec grande discrétion, afin que la santé n'en soit point altérée. N'ayez pas peur qu'elles se tuent , car elles conservent tout le calme de leur raison, et l'amour n'est pas assez fort pour les en tirer. Mais la raison, selon moi , devrait au contraire les porter à ne point se contenter de servir Dieu de cette manière, c'est-à-dire en allant toujours d'un pas tellement mesuré, qu'on n'atteint jamais le terme de ce chemin. Elles s'imaginent néanmoins avancer, et elles se fatiguent, car ce chemin, croyez-m'en, est pénible; mais ce sera beaucoup qu'elles ne s'égarent point. Dites-moi, mes filles , si pour aller d'un pays dans un autre on pouvait faire le voyage en huit jours, vous semblerait-il sage d'y employer un an, en affrontant durant tout ce temps les gîtes incommodes; les neiges, les pluies, les mauvais chemins, outre le péril d'être mordu des serpents qui s'y rencontrent? Ne vaudrait-il pas mieux tout affronter d'un seul coup et en finir d'une seule fois? Oh! que je puis parler ici avec connaissance de cause! et plaise à Dieu que je sois moi-même sortie de cet état où tout est réglé, mais où l'on n'avance pas; souvent je crains le contraire. Grâce à cette discrétion si grande qui préside à notre conduite, nous avons peur de tout et tout nous devient obstacle. Nous nous arrêtons sans oser passer plus avant, comme si nous pouvions arriver à ces bienheureuses demeures et que d'autres en fissent le chemin pour nous. Puisque cela est impossible, mes filles, pour l'amour de Jésus Christ, armons-nous de courage. Remettez entre ses mains votre raison et vos craintes, élevez-vous au-dessus de la faiblesse de la nature; abandonnez le soin de ce misérable corps à ceux qui ont charge de veiller sur vous; et ne songez qu'à cheminer en toute hâte, afin de jouir au plus tôt de la vue de votre Époux et de votre Dieu. Vous n'avez que peu ou presque point de soulagement, et néanmoins la sollicitude pour la santé pourrait vous tromper. Rejetez cette sollicitude avec d'autant plus de courage, que la lenteur à cheminer dans les voies spirituelles ne vous donnera pas une santé meilleure. Je vous le garantis, parce que je le sais. Je sais encore que c'est moins par les austérités du corps, qui sont secondaires, que par une humilité profonde qu'on avance dans ce chemin spirituel. Ce qui arrête et empêche d'entrer plus avant dans le château, c'est le manque de cette humilité. Croyons toujours que nous avons fait peu de chemin et que nos soeurs, au contraire, en ont fait beaucoup; et non seulement désirons d'être considérées comme les plus imparfaites, mais faisons tout ce qui peut dépendre de nous afin que l'on en soit persuadé. Avec cette disposition, l'état des âmes dans ces troisièmes demeures est excellent; mais si elle leur manque, elles resteront toute leur vie au même point, en proie à mille peines, à mille ennuis. N'ayant pas eu le courage de se dépouiller d'elles-mêmes, et portant sans cesse le pesant fardeau de leur misère, elles ne pourront avancer; tandis que les âmes qui ont su se vaincre s'élèvent avec une admirable liberté vers les demeures supérieures du château.

Dieu qui est juste, miséricordieux , et qui donne toujours au delà de nos mérites, ne laisse pas de récompenser les âmes de ces troisièmes demeures, en leur accordant des joies bien plus grandes que celles que peuvent procurer les plaisirs et les divertissements de cette vie. Mais je ne pense pas qu'il leur donne souvent des goûts spirituels; il ne leur fait cette faveur que rarement, et dans le but de les exciter, par la vue du bonheur des autres demeures, à ne rien négliger pour y parvenir.

Il vous semblera peut-être, mes filles, qu'il n'y a point de différence entre les joies et les goûts, et qu'ainsi je ne devrais pas en mettre: mais, à mon avis, il y en a une fort grande. Je m'en expliquerai dans la quatrième demeure, puisque c'est là que Dieu favorise les âmes de ces goûts spirituels; et quoiqu'il paroisse superflu de parler d'un tel sujet, ce que j'en dirai sera, je l'espère, de quelque utilité. Ayant une connaissance plus distincte de chaque chose, vous vous porterez avec plus d'ardeur vers ce qui est plus parfait. De plus, la connaissance de ces goûts spirituels sera une grande consolation pour les âmes que Dieu conduit par cette voie, et un sujet de confusion pour celles qui se croient déjà parfaites. Les âmes humbles, à la vue de ces faveurs de Dieu, sentiront le besoin de l'en bénir et de lui en rendre des actions de grâces. Quant aux âmes imparfaites, à qui ces goûts ne seront pas accordés au gré de leurs désirs, elles s'en désoleront intérieurement, mais à tort et sans profit, attendu que la perfection ne consiste pas dans les goûts, mais dans le plus grand amour de Dieu, et que la récompense doit être d'autant plus belle qu'on on a agi en toutes choses avec plus de justice et de vérité. Mais si ceci est vrai, comme il l'est en effet, à quoi sert, me demanderez-vous peut-être, de traiter de ces faveurs intérieures et d'en donner l'intelligence? Je ne le sais; qu'on le demande à ceux qui m'ont ordonné d'écrire; il ne m'appartient pas de disputer avec les supérieurs. Je suis tenue de leur obéir, et je ne serais pas excusable si j'y manquais.

Voici néanmoins ce que je puis vous dire en toute vérité: à cette époque de ma vie où je n'avais point reçu de ces grandes faveurs, ni n'espérais, à cause de mon indignité, en avoir jamais une connaissance expérimentale, c'eût été un bonheur bien grand pour moi de savoir, ou du moins de pouvoir conjecturer, que j'agréais à Dieu en quelque chose; et lorsque je lisais les livres qui traitent des faveurs et des joies que Dieu accorde aux âmes qui lui sont fidèles, je goûtais tant de consolation, que je lui en donnais de grandes louanges. Si une âme aussi imparfaite que la mienne ne laissait pas d'agir de la sorte, quelles actions de grâces ne lui doivent point rendre celles qui sont vraiment humbles et vertueuses! Ne dût-il en résulter pour mon Dieu qu'une seule louange de plus, il faudrait faire connaître les joies et les délices dont il comble les âmes , et mettre dans son jour l'immensité de la perte que l'on fait, quand, par sa faute, on se prive de si grands biens. Cette perte devrait nous être d'autant plus sensible, que ces joies et ces délices, quand elles viennent de Dieu, sont accompagnées de tant d'amour et de force, que l'âme en redouble sa marche, mais sans se fatiguer, et avance de jour en jour dans la pratique des bonnes oeuvres et de la vertu. Ne pensez pas qu'il nous importe peu de travailler à nous rendre dignes de ces faveurs. Quand vous aurez fait ce qui dépend de vous, si Dieu vous les refuse, sachez qu'il saura vous donner l'équivalent par d'autres voies, car il est souverainement juste; s'il agit de la sorte, c'est pour des raisons connues de lui par un profond secret de sa miséricorde, mais ne doutez point que cette conduite ne soit la plus convenable pour le bien de votre âme.

Les personnes qui, par la bonté du Seigneur, sont parvenues à cette troisième demeure, et qui, grâce à sa miséricorde, sont bien près de monter plus haut, ne peuvent rien faire, à mon avis, qui leur soit plus utile, que de s'adonner de toutes leurs forces à la pratique d'une prompte obéissance. Quoiqu'elles ne soient pas engagées dans la vie religieuse, il leur sera très avantageux d'avoir un directeur auquel elles se soumettent en tout comme plusieurs le pratiquent dans le monde même, afin de ne faire en quoi que ce soit leur propre volonté, parce que d'ordinaire c'est de là qu'arrivent tous nos maux. Pour cela, il ne faut point qu'elles cherchent un guide qui soit, comme l'on dit, de leur humeur; et qui marche en tout avec autant de circonspection qu'elles. Mais elles doivent en choisir un qui connaisse la vanité des choses d'ici-bas, et qui tienne le monde vaincu sous ses pieds. On ne saurait dire combien l'on gagne à l'école de tels maîtres. Lorsqu'on les voit faire, avec tant de facilité, avec tant de suavité, des choses que l'on croyait impossibles, on se sent animé par leur exemple, et, témoin de leur vol élevé, on ose soi-même essayer ses ailes. Tels les petits oiseaux s'enhardissent à prendre l'essor en voyant voler leurs pères, et quoique d'abord ils ne puissent aller bien loin, ils apprennent peu à peu à les suivre. J'ai donc raison de dire qu'il nous est souverainement utile d'être sous la conduite de tels guides, et je le sais par expérience.

Cependant, quelque résolues que soient ces personnes de ne point offenser Dieu, elles feront très bien d'en éviter les occasions. En effet, étant encore si voisines des premières demeures, elles pourraient aisément y retourner, parce que leur vertu n'est pas encore fondée sur la terre ferme, comme celle de ces âmes fortes qui sont accoutumées à souffrir, qui connaissent, sans les craindre, les tempêtes du monde, et qui savent combien ses plaisirs sont peu dignes d'envie. Ainsi, il pourrait arriver qu'une grande persécution que le démon exciterait pour les perdre, serait capable de renverser tous leurs bons desseins, et que, voulant par un véritable zèle retirer les autres du péché, elles tomberaient elles-mêmes dans les filets de cet esprit de mensonge.

Que l'on s'occupe de ses propres fautes, et non de celles du prochain. C'est le propre de ces personnes dont la vie est si réglée, de s'effrayer de tout; et souvent elles pourraient beaucoup apprendre, pour le principal, de ceux-là mêmes dont la conduite les étonne. Si elles ont quelque avantage sur eux pour la modestie extérieure, et la manière de traiter avec le prochain, c'est bien sans doute, mais ce n'est pas ce qui importe le plus. Elles ne doivent point, pour cela, vouloir que tous les autres suivent leur chemin, ni prétendre donner des leçons de spiritualité, quand peut-être elles ne savent pas ce que c'est. Avec ces grands désirs d'être utiles aux âmes, elles peuvent commettre beaucoup de fautes. Ainsi, mes soeurs, le plus sûr pour celles d'entre nous qui seraient dans cette troisième demeure, c'est d'observer ce que prescrit la règle, c'est-à-dire de tâcher de toujours vivre dans le silence et dans l'espoir. Ne doutons pas que Notre Seigneur ne prenne soin de ces âmes qui lui sont si chères; soyons fidèles à l'en supplier, et, sa grâce aidant, nous ferons beaucoup pour leur salut. Qu'il soit béni à jamais! Ainsi soit-il. rdonne mes péchés et me retire du purgatoire; c'est là que je serai quand on vous donnera cet écrit à lire, si toutefois des hommes doctes, après l'avoir examiné, le jugent digne de voir le jour. S'il s'y rencontre quelque erreur, il ne faut l'attribuer qu'à mon peu d'intelligence. Je me soumets en tout à ce que croit l'Église catholique dans laquelle je vis, et proteste que je veux vivre et mourir. Que Notre Seigneur soit à jamais loué et béni! Amen, amen. Cet écrit a été achevé dans le monastère de Saint Joseph d'Avila, la veille de Saint André de l'année 1577, pour la gloire de Dieu qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.e prix procurer au divin Maître, en chose si petite que ce soit, une partie des louanges qu'il mérite. Quand elles auraient la certitude d'aller, au sortir de la prison du corps, jouir de la vue de Dieu, et quand la pensée de la gloire des bienheureux se présenterait à leur esprit, elles n'en seraient point touchées, parce qu'elles ne désirent alors ni cette vue ni cette gloire. Leur gloire à elles, c'est de pouvoir faire quelque chose pour le service du divin Crucifié, principalement lorsqu'elles considèrent qu'il reçoit tant d'offenses, et qu'il est si peu d'âmes qui , détachées de tout le reste, n'aient en vue son honneur.

A la vérité, lorsque parfois elles n'ont pas présente à l'esprit cette pensée de la gloire de Dieu, et surtout lorsqu'elles voient le peu de services qu'elles lui rendent, elles sentent avec une ineffable tendresse d'amour se réveiller en elles le désir de se voir au ciel avec leur divin Époux, et de sortir de cet exil. Mais rentrant presque aussitôt en elles-mêmes, elles renoncent à ce désir et, se contentant du bonheur de le posséder toujours au plus intime d'elles-mêmes, elles lui offrent l'acceptation volontaire de la prolongation de cette vie, comme le gage d'amour qui puisse leur coûter le plus en ce monde. Aussi la mort, loin de leur inspirer aucune crainte, n'offre-t-elle à leurs yeux que la perspective d'un suave ravissement. Ce même Époux qui, en allumant autrefois en elles ces ardents désirs de
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