« Ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue ? »
Le bon berger laisse 99 brebis seules. Est-ce à dire que Dieu nous abandonne parfois, comme nous pouvons en avoir l’impression dans des moments de solitude face à lui ? Dieu aurait-il tellement à faire avec les autres pécheurs que, parfois, il se délaisserait de nous ? On pourrait en avoir l’impression, lorsqu’on voit le bon berger laisser son troupeau…
Mais, comme dans toutes les paraboles, les détails ne coïncident pas toujours avec la réalité théologique que l’histoire raconte. Un vrai berger humain ne peut pas être à la fois au four et au moulin, dans le désert et dans la montagne pour aller chercher sa brebis égarée. Ce n’est pas pour autant que ce berger délaisse les 99 autres : elles sont bien gardées, dans ce désert où il n’est pas nécessaire d’avoir un enclot, car son immensité en est le meilleur gardien. Et il y a tellement peu à brouter sur ce sol pierreux que le berger sait bien par où va aller son troupeau, poussé par l’habitude : il ira, doucement, la tête tournée vers le sol et en retournant les cailloux à la recherche du moindre brin d’herbe, vers le point d’eau ou la citerne la plus proche. Alors il laisse ses brebis sans inquiétude, pour aller chercher celle qui lui manque. Si le berger de la parabole ne commet pas de faute vis-à-vis de ses brebis, le berger divin, qui, lui, a le don d’ubiquité, n’en commet pas pour le moins. Dieu est partout présent et actif à la fois. S’il arrêtait de penser, de soutenir par son amour, ne serait-ce qu’une seconde, sa création, elle s’évanouirait dans le néant immédiatement. Non, Dieu n’est pas limité par un lieu, et il ne délaisse personne quand il s’occupe plus particulièrement de l’un ou de l’autre. Il ne cesse de penser à chacun de nous, il nous aime tous, sans préférence, à la mesure de notre cœur.
Un autre détail de la parabole correspond très bien, cette fois-ci, à la réalité théologique qu’elle décrit : je veux parler de l’état d’esprit, du cœur du berger. Nous fêtons aujourd’hui la solennité du Sacré Cœur de Jésus. Et bien, dans la parabole, le cœur du bon berger est une très belle image du Sacré Cœur de Jésus, notre bon pasteur. Le berger de la parabole s’inquiète, cherche, trouve, se réjouit et fait rayonner sa joie pour une seule de ses brebis. Jésus, de même, n’a de cesse de nous chercher, et, lorsque nous nous laissons trouver par lui, sa joie est grande, son cœur divin et glorieux inonde de bonheur la multitude des anges et des saints du ciel. Imaginez la joie des supporters d’une équipe de football lorsqu’un but est marqué par son camp : et bien, au ciel, les « hourra », remplacés par des « Alleluia », sont bien plus forts, bien plus beaux, bien plus purs, lorsque, dans le secret de la rencontre du frère ou de la Parole de Dieu, le sacrement de Réconciliation, la prière ou l’adoration, un fils d’Adam se détourne du mal et choisit de revenir à Dieu. Alors oui, non seulement Dieu est omniprésent et ne nous oublie jamais mais, en plus, il nous aime chacun d’un amour unique et infini. L’amour, lorsqu’il est donné à plusieurs, n’est pas divisé, comme on partage un gâteau en plusieurs parts plus petites. L’amour, lorsqu’il est répandu, est multiplié par tous ceux qui le partagent. Il en va de même pour l’amour de Dieu, encore plus pur et infini que l’amour humain : plus le cœur de Jésus a de brebis à aimer, plus il déborde de joie et il aime…
Lorsqu’il a retrouvé sa brebis, il la porte sur ses épaules. Pour saint Grégoire de Nysse, porter sa brebis sur les épaules rappelle la nature humaine que notre Seigneur Jésus a revêtue pour notre salut. Le cœur de Jésus est non seulement le cœur de Dieu, mais c’est aussi un cœur d’homme. L’amour de Dieu passe par la médiation d’un cœur humain, transpercé sur une croix, pour nous sauver de nos péchés. Ecoutons ce que Jésus dit à Sainte Marguerite Marie, en montrant l’image de son divin cœur : « Voilà ce cœur qui a tant aimé les hommes… vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, cherche à me consoler ».
Alors soyons dans la joie en célébrant l’amour de Dieu manifesté en Jésus. Cœur sacré de Jésus, j’ai confiance en toi, délivres-moi du mal, et, malgré mon indignité, que l’Esprit Saint augmente la ferveur de ma prière pour te recevoir avec fruit pendant cette messe. Amen.
Hors ligne